Les larmes de Lydie Salvayre, Goncourt inattendue

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On se souviendra des larmes de Lydie Salvayre, arrivant très émue chez Drouant. « Je l’espérais, j’en rêvais », confie l’auteur absorbée par la foule des journalistes. Elle reçoit le prix Goncourt 2014 pour son livre Pas pleurer (Seuil), sur la guerre civile espagnole. Le roman a été choisi au cinquième tour, par cinq voix contre quatre à l'Algérien Kamel Daoud. "Les livres que j'écrivais jusqu'à présent avaient une audience limitée, l'audience va grandir, c'est un très grand bonheur", ajoute Lydie Salvayre, quelques minutes après l'annonce de son prix.

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L'ouvrage qui s'était vendu à 22 000 exemplaires devrait connaître un pic de ventes : son éditeur, Seuil, l’a tiré à près de 450 000 exemplaires. " On n'a pas voté pour elle parce que c'est une femme, mais parce qu'elle a du talent", a réagi le président du jury, Bernard Pivot, c’est un livre très romanesque. Un livre fort utile pour relire ces pages sombres et méconnues de l'histoire récente. Evidemment on pense aux trois autres. Mais c'est le jeu. Le Goncourt c'est ça, un quart de joie, trois quart de chagrin. C'est le jeu".

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L’auteur souligne que ce roman est le récit terrible de la Guerre d'Espagne, la répression franquiste, racontée par la voix de Bernanos. Le livre fait aussi entendre une autre voix, celle de sa mère, et de l'émancipation qui a eu lieu pendant cet épisode. "C'est paradoxal, mais c'est comme ça", explique Lydie Salvayre. C'est un livre sur ses origines, aussi, "Je n'ai plus de liens avec l'Espagne. Mon père a rompu les liens avec la famille restée là-bas. Mais l'Espagne a toujours été là en moi. Pendant longtemps je n'ai pas voulu ouvrir cette porte, comme les enfants qui n'osent pas poser de questions…"
C'est une œuvre abondante et touffue que les jurés du Goncourt ont donc choisi de couronner en distinguant Pas pleurer, une étonnante célébration de la lucidité et du courage du chevalier catholique Georges Bernanos au cœur d'une guerre d'Espagne à laquelle plusieurs membres de la famille de la romancière furent mêlés. Dans Pas pleurer, la romancière éclaire les tragiques événements espagnols dont elle a gardé la mémoire grâce aux récits de sa mère, en relisant les Grands cimetières sous la lune de Bernanos. «Royaliste, disciple de Drumont» ainsi que lui écrivit Simone Weil dans une fameuse lettre, le romancier du désespoir et de la grâce poussa très vite des hurlements de bouledogue vivisectionné contre la sinistre croisade franquiste…
Entre ces deux paroles d’exilés qu’à l’origine tout semble opposer, le sexe, la classe, les idées, Lydie Salvayre crée une solidarité ¬vitale, écrit le critique Jean Birnbaum. Pour cela, elle s’en remet à cet esprit d’insou¬mission que Bernanos nommait l’« esprit d’enfance ». Avec sensibilité et insolence, elle proclame magnifiquement sa fidélité au langage de la jeunesse. Et démontre que cette langue, qui n’a rien à voir avec l’âge, relève d’abord de l’obstination, de ¬l’héroïsme et de la grâce.

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Née en 1948 dans la région toulousaine, de père andalou et de mère catalane, Lydie Salvayre a publié une vingtaine de livres en vingt-cinq années d'écriture. Il faut y ajouter plusieurs pièces de théâtre notamment présentées à Chaillot.

Le Prix Goncourt, l'un des plus prestigieux et plus ancien prix littéraires, est remis chaque année début novembre, au terme d'un déjeuner chez Drouant réunissant les membres de son académie. Il récompense les auteurs qui ont marqué la littérature française. La première Académie Goncourt se réunit le 21 novembre 1903.

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