Niki de Saint Phalle, super-Nana du Grand Palais !

 

EXPO NIKI DE SAINT  PHALLE

A l’avant-garde ! « En 1961, j’ai tiré : sur papa, tous les hommes, les petits, les grands, les importants, les gros, mon frère, la société… Je tirais parce que j’étais fascinée de voir le tableau saigner et mourir. A vos marques ! Prêt ! Feu ! » Niki de Saint Phalle, l flingueuse de l'art contemporain, n’a jamais eu froid au yeux ! Elle est la star de cet automne parisien. Le Grand Palais lui consacre sa plus grande rétrospective française depuis vingt ans. Un hommage mérité à l'artiste tempétueuse, franco-américaine, qui n'avait pas seulement dans le viseur  que de mythiques “Nanas”. Tout le monde connaît en effet ses «nanas» aux formes opulentes et aux vêtements multicolores, mais cette rétrospective au Grand Palais présente un autre versant de Niki de Saint Phalle: féministe, torturé, engagé, sans concession. «Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme. C’était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail»,  écrit l’artiste.

A travers les 200 oeuvres et archives (dont beaucoup inédites) réunies par Camille Morineau, commissaire de l’exposition, Niki de Saint Phalle apparaît comme une créatrice radicale et avant-gardiste, dénonçant violemment la société patriarcale, la religion ou le racisme. Au-delà de ces tourments et de ces obsessions, c’est aussi le choix d’un art accessible à tous qui a dominé son travail.

« La beauté d’un mannequin ; l’enthousiasme d’une adolescente ; la vivacité d’une débutante ». Voilà comment, en 1948, le New York Times décrit le charme ingénu de cette jeune fille franco-américaine lors d’une vente de charité sur la 5e Avenue. Née Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, issue d’une famille de l’aristocratie française, elle est l’enfant d’un père banquier ruiné lors de la crise de 1929.

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Un temps mannequin pour Life Magazine et Vogue, elle refuse la proposition du cinéaste Robert Bresson, pour son projet de film Lancelot du Lac . Niki commence à peindre, un peu Pollock, un peu Dubuffet. Elle peindra toute sa vie, avec une rare énergie. Ses premières sculptures de femmes -mariées zombies, déesses accouchant de poupons- précèdent l'explosion de vie des Nanas voluptueuses. "Il faut regarder les mariées de près, observer tous les détails des objets qu'elle a assemblés, et qui font sens." Poupées, soldats, avions, fleurs en plastique, ces femmes donnent naissance au chaos. Une puissance symbolisée ensuite par les géantes, les fameuses Nanas qui emplissent toute une salle. Dolorès, par exemple, avec ses épaules de déménageur, ses seins de traviole et son ventre rond, domine les visiteurs du haut de ses 5 mètres. Un peu plus loin, Les Trois Grâces (1995-2003), légères, dansantes malgré leurs fesses énormes, "sont un clin d'œil à Matisse".

 

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Féministe, Niki de Saint Phalle revendiquait le droit d'être aussi féminine. Elle aimait porter des chapeaux et être coiffée de façon excentrique. Engagée, sensible aux problèmes sociétaux de son époque, comme la lutte pour les droits civiques dans les années 1960 aux États-Unis - de nombreuses Nanas ont la peau noire - ou la lutte contre le sida dans les années 1990, elle ne cache pas le versant sombre de sa vie, elle qui a révélé avoir été violée par son père à l'âge de 11 ans. Après les belles grosses femmes pleines de vie, elle sculpte des "mères dévorantes" grises et voûtées, desperate housewifes terrifiantes, enfermées dans leur couple, écrit le talentueux critique Laurent Bourdier.

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Influencée par Gaudi ou le Facteur Cheval, Niki, décédée en 2002 à l’âge de 71 ans, n’a eu de cesse de créer des oeuvres monumentales, d’une imagination débridée, ouvertes au grand public et qu’elle a presque intégralement financées. En 1966 déjà, elle construit à Stockholm avec deux autres artistes une «nana» monumentale, «Hon», dont il ne subsiste qu’une maquette. L’accès des visiteurs se faisait par son sexe.

Mais son projet le plus ambitieux est «Le Jardin des Tarots» en Toscane, oeuvre d’une vie (de 1978 à 1996), inspirée notamment par le Parc Güell à Barcelone et le jardin de Bomarzo, près de Viterbe en Italie, où se déploient des bâtiments à la forte charge symbolique.

L’exposition présente aussi pour la première fois une sculpture monumentale en métal, «Le rêve de Diane», où se lit l’influence de Jean Dubuffet pour lequel Niki avait une grande admiration. Niki, l’insoumise, aura toujours un œil affûté sur ce pouvoir qui fait mâle par une arme fatale : la séduction autant que l’entêtement créatif.

Niki de Saint Phalle : VOIR ici la vidéo du Grand Palais

Niki de Saint Phalle, Grand Palais du 17 septembre au 2 février 2015, Paris (75008) www.grandpalais.fr

Catalogue, 390 illustrations, (50 euros). La Différence (30euros)
Écouter : double CD d'entretiens (Radio France/INA/16, 90 euros)

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