Rester vivant

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Yves-Noel Genod

A l’heure des réveillons et de la surconsommation, Yves-Noel Genod propose un tout autre programme : rester vivant.  « La beauté sauvera le monde et l‘art en est un instrument » écrivait Dostoïevski. Avec Rester vivant, Yves-Noël Genod s’inscrit dans la lignée du grand écrivain russe. Auteur, comédien, metteur en scène généreux, Yves-Noël Genod se définit lui-même comme « un distributeur de spectacle, de poésie et de lumière ». Genod a pourtant choisi la profondeur du noir pour servir d’écrin aux vers de Baudelaire. C’est cela Rester vivant : un hommage simple au génie du poète. Dans l’obscurité totale, propice au recueillement, une voix off  dit les phrases splendides extraites des Fleurs du Mal et duSpleen de Paris. « Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,… ». Comme ces mots résonnent dans la limpidité du noir ! Deux heures durant, Genod embarque le spectateur dans un « rêve de spectacle » comme il le dit lui-même. Ici, dans le noir originel, tout est dédié au pouvoir évocateur des mots et à leur réalité propre.

«  Au commencement était le verbe » est-il écrit dans d’autres textes majeurs qu’il peut être bon de relire à Noël. Heureux hasard de la programmation qu’un artiste prénommé Noël crée un tel spectacle à ce moment précis de l’année. Car c’est la vie elle-même, dans les multiples couches qui la composent, qui jaillit par saillies entières au détour des vers de Baudelaire. Le poète explore les ressorts vastes et lumineux de l’existence, là où résident volutes et déraison, charmes discrets et tentations séduisantes, tous ces recoins secrets qui font la beauté véritable des êtres vivants.

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Artiste inclassable tout entier dédié à son art, Yves-Noël Genod est une personnalité atypique, punk excentrique pétri de sensibilité, de gentillesse et d’intelligence. "Le théâtre, c’est par définition la boîte noire, monde intérieur, dit-il. C’est un temps de communion physique. J’aime que le théâtre devienne le seul et unique personnage de la représentation. Le théâtre même. Le lieu. Le temple. «La Nature», dit Charles Baudelaire. Il y a les longs échos -dans un espace mental- des parfums, des couleurs et des sons." Yves-Noël Genod utilise le noir pour faire du théâtre un temple festif et bigarré, dédié à la singularité du vivant. D’ailleurs, avant que les lumières s’éteignent, le spectateur peut noyer son trac dans une coupe de champagne offerte à l’entrée de la salle.

Par Joévin Canet  

Rester vivant (tableaux parisiens) Yves-Noël Genod, d’après les poèmes des Fleurs du mal et du Spleen de Paris, jusqu’au 31 décembre au Théâtre du Rond-Point.

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Photo Yves-Noël Genod © Louis Malecek

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