Sempé cycliste, une question d’équilibre

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Les personnages du grand dessinateur Jean-Jacques Sempé continuent de dévoiler la finesse et le bel humour de cet artiste. Il a 82 ans. Et comme chaque année, il expose ses dessins à la galerie Martine Gossieaux (56, rue de l’université, 7e). Omniprésents dans son œuvre, les cyclistes ont tout particulièrement attiré l’attention de Paris.fr et lui ont donné envie de rencontrer ce Parisien, toujours autant amoureux de la capitale… et de la petite reine.

Si vous êtes l’heureux propriétaire d’un livre de Sempé, tournez donc les pages de votre ouvrage et partez à la recherche des petits vélos. Il y a le très parlant "Juste une question d’équilibre" ou la belle histoire de "Raoul Taburin". Ajoutons à cela les innombrables couvertures que le dessinateur réalisa pour "The New Yorker" et dans lesquelles il s’amusait à glisser de nombreux personnages à bicyclette, dont lui-même. Une collaboration qui donna naissance à Sempé à New York. Et ce petit cycliste que l’on devine sur le pont de Brooklyn, ce n’est autre que Sempé lui-même. Toute une série d’indices qui nous ont amenés à lui poser la question : Pourquoi?

“Cela a été la passion de ma petite enfance. Je ne veux pas vous faire pleurer mais comme mes parents n’étaient pas très riches, je n’avais pas de vélo et j’en rêvais. J’ai appris à faire du vélo comme j’ai pu, par ci et par là. Mais plus tard, à Bordeaux, quand j’ai eu 16 ans, j’étais livreur à bicyclette d’échantillons de grands crus.  Très souvent, j’étais sous la pluie et le vélo porteur appartenait au patron. Et puis un jour on m’a offert un vélo mais il était trop petit. Mes genoux cognaient le guidon, c’était très désagréable mais enfin...c’était toujours cela.”

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“Pour moi la bicyclette c’est un miracle. Comment se tient-on en équilibre? Un jour j’ai fait un livre avec Georges Charpak qui se plaignait souvent de l’ignorance  des gens en matière de physique. Alors un jour, je me mets en colère et je lui dit qu’il n’a qu’à donner plus d’informations. Qu’il m’explique par exemple comment on tient en équilibre à bicyclette? Et là il me dit “ohlala”, là c’est compliqué. J’étais assez fier de l’avoir eu comme cela. Cela aurait été beaucoup trop long à expliquer. Mais c’est un miracle, parce que parfois je vois une grosse dame à bicyclette, sur deux roues très fines, et elle file, elle ne tombe pas, elle avance.”

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La France, une bicyclette

Jean-Jacques Sempé a longtemps collaboré avec The New Yorker, avec lequel il rêvait de travailler depuis tout jeune. “Je me disais : c’est marrant je suis un français qui dessine des vélos pour le New Yorker. Cela m’amusait beaucoup parce que la France, le Tour De France, tout cela… c’est la bicyclette. J’ai toujours pensé cela. Et quand La Monnaie de Paris m’a demandé de collaborer avec eux sur les pièces de monnaies porteuses des valeurs françaises, pour moi c’était une évidence, il fallait que tout gravite autour du vélo. Pour moi, la bicyclette c’est la France.”

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L’invention 

Un pays mais aussi une fascination que l’artiste a pour l’objet en lui même. “Rendez-vous compte, de toutes les recherches qui ont été faites depuis la draisienne pour mettre au point le vélo. On s’est toujours préoccupé de faire des choses avec une roue. Et avec deux roues, on a ensuite trouvé la chaîne. Je trouve cela formidable comme invention. De toutes, c’est ma préférée.”

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La capitale il l’a parcourue en tout sens, bravant tous ses reliefs... “ Même si mes vélos ont été volés, cela ne m’a jamais retiré le plaisir que j’avais à parcourir Paris. A mes débuts,  je n’avais pas d’argent pour en acheter. Plus tard, j’ai acheté le vélo d’un ami. J’étais un peu vaniteux, sûr de moi à bicyclette. J’étais un petit virtuose, j’aimais cela et j’en profitais… Je faisais tout à bicyclette, même livrer mes dessins. J’avais des sacoches et j’y glissais mes dessins protégés dans des rouleaux. D’ailleurs on me disait que j’aurais plutôt dû mettre le poids à l’avant. A l’arrière cela nous retarde, on tire une charge. Je ne me posais pas la question du dangereux ou pas, c’est comme le ski, comme ce qui est un peu risqué. Ceux qui pédalent savent que Paris, c’est autre chose à vélo. Pourtant, parfois, j’arrivais dans des états épouvantables à mes rendez-vous. Je n’étais pas content qu’il pleuve mais cela ne n'arrêtait pas. La plupart du temps, je prenais le vélo. Le plus important c’était ce sentiment de liberté."

Son Paris

De Saint-Germain-des-Prés, j’allais partout, partout! Les quais de la Seine c’est merveilleux, c’est extrêmement beau, il y a les ponts, l’eau. J’ai aussi de très bons souvenirs du temps où les Tuileries n’étaient pas entièrement refaites, il y a 20 ans. Je me promenais dans le jardin, c’était merveilleux, je prenais le droit de circuler parmi les arbres, tout seul. J’aimais m’aventurer jusqu’à la Gare d’Austerlitz, je faisais cela instinctivement. Passer par les ponts de Paris : le Pont Marie ou le pont Alexandre III et passer entre le Grand palais et le Petit palais. Je suis malheureux de ne plus pouvoir le faire.”

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Le conseil aux Parisiens “Ils devraient prendre plus souvent la bicyclette mais à une condition ! De ne pas prendre les trottoirs… ce que je faisais.”

Sa grande histoire  “Je cherchais à raconter des histoires à part. J’en ai trouvé deux : l’une je l’ai appelée Marcellin Caillou et en même temps j’ai pensé à Raoul Taburin. Ces projets sont nés en 1967,  je m’en souviens très bien. En une semaine j’ai griffonné les deux histoires et il m’a fallu plusieurs années pour en trouver la fin. Ces deux histoires se ressemblent. Ce sont des histoires d’amitié et j’aime les sentiments. Mais Raoul est à part. Mon envie : raconter l’histoire d’un réparateur de vélos. L’idée : Ce serait un réparateur qui ne sait pas monter à bicyclette. Alors il aurait un copain photographe, mais qui ne saurait pas prendre de photos sur le vif. Voilà, c’est comme cela que Raoul Taburin est né! C’est l’échange de deux secrets et la naissance d’une grande amitié. J’aime beaucoup ce livre. Je trouve que l’histoire est très bonne et que l’on a tous plus ou moins un petit secret à garder. Je n’ai trouvé la fin de cette histoire que 30 ans après l’avoir commencée. J’aurais aimé que ce livre soit mieux connu. C’est une histoire à laquelle je tiens beaucoup. Un petit monsieur qui devient célèbre parce qu'il ne sait pas pédaler.”

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A venir... Comme chaque année, Jean-Jacques Sempé expose ses dessins à la galerie Martine Gossieaux (56, rue de l'université, 7e) du 27 novembre 2014 au 31 mars 2015 sur le thème de la littérature. photos © Martine Gossieaux

http://www.paris.fr/accueil/deplacements/sempe-juste-une-question-d-equilibre/rub_9648_actu_150192_port_23738

Crédits : Silvi De Almeida

1 comment

  1. de almeida 20 septembre, 2018 at 11:01 Répondre

    Bonjour Je suis l’auteur de ce texte, Silvi De Almeida.
    merci de le créditer. J’étais il y a quelques années à la Mairie de Paris

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