Le Quatuor des Lassitudes de Yasmina Reza

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Yasmina Reza signe une pièce au titre étrange : Comment vous racontez la partie. Une mise en abîme autour des thèmes de la littérature et du jeu des rapports humains. A quoi reconnait-on un grand auteur ? A sa notoriété ? A son sens des mots ? A l’intelligence ou la finesse de son propos ? Reconnue dans le monde entier, lauréate de tous les prix, il y a longtemps que Yasmina Reza appartient à cette catégorie. Et pourtant, chaque nouvelle œuvre est un commencement, un nouveau risque qui suppose d’exposer son talent, de le confronter au monde et de le soumettre à la critique. C’est un peu l’histoire qui nous est racontée ici.

ya rezaEcrivain renommée, Nathalie Oppenheim accepte exceptionnellement l’invitation de Roland, responsable des animations culturelles de Vilain-en-Volène. Interrogée par Rosana Ertel-Keval, critique littéraire réputée originaire de la région, Nathalie se plie à l’exercice de l’interview publique dans la salle polyvalente de la petite ville. Sous prétexte de découvrir l’œuvre et son processus créatif, la rencontre devient interrogatoire et l’échange se mue en affrontement. L’arrivée du maire, lors du cocktail de fin de soirée, change la donne. Les tensions se relâchent, le jeu social se délite, les conventions s’abandonnent, seules restent quatre solitudes.

Art du dévoilement

Yasmina Reza excelle dans cet art du dévoilement. Elle scrute les failles, observe les manques, dissèque les faux-semblants. Elle avance camouflée, sous couvert d’une langue splendide, pour aboutir aux portes des êtres. Chaque personnage bénéficie d’un traitement équitable : la plume est exigeante, l’empathie réelle, le portrait intègre. Les uns sont adorables, les autres détestables ; tous portent en eux cette part d’humanité qui résonne en creux dans la vie des spectateurs, y compris dans ce qu’ils ne veulent pas voir. Snobisme, parisianisme, frustration créative de la gent journalistique, tout ce qui compose le mauvais côté d’une certaine élite, trouve aussi un écho sur scène. Tchekhov disait que « la littérature n’a droit au nom d’art que si elle peint la vie telle qu’elle est en réalité. Sa raison d’être, c’est la vérité absolue dans son intégrité ». A n’en pas douter, Comment vous racontez la partie vise cette forme de vérité.

theatre rond proportionnel_photoZabou Breitman, Romain Cottard, André Marcon (en alternance avec Michel Bompoil), Dominique Reymond, tous sont excellents. Ils évoluent dans un décor simple de salle polyvalente, sans fioriture ni excès. L’humour et la légèreté ponctuent la pièce. Yasmina Reza s’offre même le luxe de faire chanter en intégralité le Nathalie de Bécaud à ses comédiens. Que dire de plus, si ce n’est que le mieux est d’aller voir cette partie plutôt que de se la laisser conter ?

Par Joévin Canet

Comment vous racontez la partie. Texte et mise en scène de Yasmina Reza.

http://www.theatredurondpoint.fr/

Théâtre du Rond-Point, en tournée en France jusqu’au 31 mars 2015.

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