Voies sur berges à Paris : ce qui manque au plan d'Anne Hidalgo

« La Ville de Paris souhaite rendre les bords de Seine aux piétons, écrit Louis Morice dans le Nouvel Observateur. Mais toutes les alternatives dont doivent bénéficier les automobilistes ne sont pas encore au point ». Voici son point de vue.
Anne Hidalgo tient bon. "Je n’accepterai pas l’immobilisme", assure la maire socialiste de Paris qui défend contre vents et marées son plan de piétonisation des voies sur berge de la rive droite. Concrètement, le projet de la Ville de Paris prévoit d’interdire l’accès aux voitures sur un tronçon de la voie Georges-Pompidou allant de l’entrée du tunnel des Tuileries au port de l’Arsenal. Il s’agit donc de 3,3 kilomètres. Quelques kilomètres qui provoquent une polémique phénoménale.
Faire baisser la pollution, rendre la capitale aux piétons : un souhait partagé par 67% des Parisiens, comme le confirme un sondage Ifop du mois d’avril. Seulement voilà, ils ne sont pas les seuls concernés : la fermeture d’un axe emprunté chaque jour par 43.000 véhicules doit être appréhendée à l’échelle de la région Ile-de-France.
La multiplication de pétitions qui demandent l’abandon de cette fermeture, montre l’inquiétude des Franciliens qui doivent prendre leur voiture pour venir travailler à Paris ou traverser la capitale. A ces opposants, Anne Hidalgo rappelle que les Cassandre avaient prédit le grand embouteillage lors de la piétonnisation de la rive gauche voici trois ans. Or "la pollution et la circulation ont baissé", assure-telle aujourd'hui.
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Le préfet de police de Paris, Michel Cadot, a donné son accord pour un test de six mois. De quoi dresser un premier bilan, aussi bien sur la qualité de l’air que sur les reports de circulation. Six mois aussi pour, comme le souhaite la maire de gauche, impliquer la région Ile-de-France détenue par la droite. Six mois enfin, pour apporter des réponses à ce qui manque dans le projet. Qu’est-ce qui coince ?
Des transports en commun saturés
L’enjeu de la mobilité est crucial pour les Parisiens, et surtout pour les Franciliens. Plus on s'éloigne de Paris, plus la voiture est considérée comme indispensable. Selon les chiffres 2013 de l'Insee, le taux d'équipement en automobile reste relativement modeste à Paris (37,4%) mais grimpe dès le périph franchi : il atteint 62,6% en Seine-Saint-Denis et 85,6% en Seine-et-Marne. Peut-on demander aux Franciliens d’abandonner la voiture quand les transports en commun sont soit inexistants, soit déjà saturés ? Ce dernier point a largement contribué à motiver l’avis négatif de la commission d’enquête, qui observait fin août :
"Il est également à déploré que le projet de fermeture à la circulation automobile de la voie Georges-Pompidou ne soit pas accompagné, voire précédé, par une amélioration significative en qualité, en fréquence et en accessibilité de l’offre de transports en commun."

Présentation du projet de piétonnisation sur le site de la Ville de Paris

Présentation du projet de piétonnisation sur le site de la Ville de Paris

La mise en service de la ligne 15 sud du Grand Paris Express est prévue pour fin 2022. Pour la traversée de Paris d’est en ouest, la mairie de Paris compte sur les Jeux Olympiques de 2024, pour lesquels est envisagé la mise en place d’un tramway allant des Hauts-de-Seine jusqu'au Val-de-Marne et qui doit longer la Seine au-dessus des voies sur berge.
Anne Hidalgo milite aussi pour que la ligne 10 du métro, qui traverse Paris d'est en ouest, soit prolongée jusqu'à Ivry alors qu'elle se termine actuellement dans Paris, gare d'Austerlitz. Mais la maire prévient :
"Pour ça, nous avons besoin que la région s’engage."
L’organisation des transports de voyageurs en Ile-de-France, y compris Paris, repose en effet sur le Stif (Syndicat des transports d'Ile-de-France), présidé par la présidente LR de la région, Valérie Pécresse. Et c’est le Stif qui décide des liaisons à desservir. Or la région ne semble guère pressée de participer à un investissement d'1 milliard d'euros pour un projet qu'elle ne juge pas prioritaire dans le cadre du Grand Paris.
Les bus de Pécresse non financés
L'obstacle ne relève pas seulement du partage des compétences, il est aussi politique. Anne Hidalgo pousse évidemment pour faciliter les transports en Ile-de-France, de façon à éviter aux Franciliens d’avoir à prendre leur voiture dans Paris. Sauf que Valérie Pécresse traîne des pieds. Avec la piétonnisation des voies sur berges, la présidente LR de la région Ile-de-France dénonce un projet précipité et réclame une concertation élargie :
"Paris ne peut prendre des décisions brutales, sans une vraie concertation et sans tenir compte de l’impact sur la banlieue."
Elle ne se presse pas non plus pour mettre en œuvre ses engagements de campagne, lorsqu'elle promettait 1.000 bus supplémentaires pour la grande couronne. Des bus connectés, climatisés, sécurisés, avec une capacité supplémentaire de 20% à la clé. En mai dernier, à l’occasion du lancement de la première ligne de bus 100% électrique entre Charles-de-Gaulle-Etoile et Porte-de-Clignancourt, elle a finalement ressorti ce plan des cartons. Désormais, les "1.000 bus" seront non seulement connectés mais aussi à zéro émission et offriront "enfin une vraie solution alternative à la voiture".
Au Stif, certains rappellent tout de même discrètement que le financement de ce plan qui doit s’étaler jusqu'en 2020 reste à trouver. La hausse de 3 euros du passe Navigo obtenue par la présidente de région devrait y participer.
Des parkings relais trop rares
Avant d'engager la région, Valérie Précresse explique également qu’elle veut d'abord obtenir des "mesures compensatoires". Avec, notamment, la création de "parkings relais" aux portes de la capitale, aux abords des gares, stations de métro, RER et tramway. Or, pour compliquer le tout, la mise en place des zones de stationnement relève de la compétence... des communes. Sont-elles prêtes à s'engager dans ces travaux ?
Il existe actuellement 550 parcs relais dans 445 gares ce qui représente 105.000 places de stationnement pour les utilisateurs des transports en commun. Le Stif rappelle que ces équipements dit "d'intermodalité" concernent essentiellement les gares les plus éloignées de Paris, celles situées dans des environnements urbains peu denses. Autant il sera possible d'en augmenter la quantité et la capacité en grande couronne, autant l'opération se risque de se révéler des plus délicates en petite couronne.
Un réseau Autolib’ pas assez étendu
Certains édiles de banlieue, comme le maire LR de Chelles Brice Rabaste, se disent prêts à soutenir le projet si la zone de couverture du service d’autopartage Autolib est étendue. Aujourd'hui, le périmètre est le suivant :
Autolib est appelé à se développer afin de favoriser les déplacements multimodaux. Anne Hidalgo défend l'extension à d'autres communes appartenant à la métropole du Grand Paris.
Christophe Nadjovski, l’adjoint aux Transports de la mairie de Paris prévoit la création d’un abonnement combiné Navigo, Vélib et Autolib. Actuellement, une centaine de communes sont équipées de stations Autolib’. Aulnay-sous-Bois a ainsi reçu ses sept premières stations en décembre dernier.

A retrouver sur : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160914.OBS8048/paris-voies-sur-berges-ce-qu-il-manque-au-plan-d-anne-hidalgo.html

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